Il est fréquent d’entendre : « Quand je n’aurai plus peur, je me lancerai. » Pourtant, l’expérience clinique comme les travaux de nombreuses auteures en psychologie montrent une réalité bien différente : la peur ne disparaît pas avant le passage à l’action. Elle diminue souvent après.

À la lecture de l’ouvrage Tremblez… mais osez ! de Susan Jeffers, j’ai retrouvé une idée essentielle que j’observe régulièrement dans mon accompagnement : ce n’est pas la peur qui nous empêche de vivre, mais la manière dont nous entretenons la relation avec elle.

La peur : une émotion normale

La peur est une émotion fondamentale. Elle nous protège lorsqu’un danger réel est présent. Mais elle peut aussi apparaître face à un changement, une décision importante, un conflit, une séparation, une reconversion professionnelle ou une prise de parole.

Dans ces situations, notre cerveau ne distingue pas toujours le danger physique du risque émotionnel. Il cherche avant tout à préserver ce qu’il connaît.

Le résultat ? Nous remettons nos projets à plus tard, nous évitons certaines conversations, nous restons dans des situations qui ne nous conviennent plus ou nous doutons continuellement de nos capacités.

Attendre que la peur disparaisse… ou avancer malgré elle ?

L’un des messages les plus puissants du livre est que le courage ne consiste pas à ne plus avoir peur.

Le courage consiste à agir avec sa peur.

Chaque fois que nous faisons un petit pas malgré l’inconfort, notre confiance en nous grandit. Nous découvrons progressivement que nous sommes capables de faire face, même si tout ne se déroule pas parfaitement.

La confiance en soi ne précède pas toujours l’action.

Elle en est souvent la conséquence.

Transformer sa relation à l’incertitude

Nous aimerions souvent avoir des garanties avant d’agir :

  • être certains de réussir ;

  • ne jamais faire d’erreur ;

  • être sûrs de faire le bon choix ;

  • ne jamais être rejetés.

Malheureusement, ces garanties n’existent pas.

En revanche, nous pouvons développer une autre sécurité : la confiance dans notre capacité à faire face à ce qui arrivera.

Cette nuance change profondément notre manière d’aborder la vie.

En consultation, que travaillons-nous ?

Au cours d’un accompagnement psychothérapeutique, il ne s’agit pas de supprimer toutes les peurs.

Nous cherchons plutôt à comprendre :

  • d’où elles viennent ;

  • quels scénarios elles alimentent ;

  • quelles croyances limitantes elles entretiennent ;

  • quelles expériences passées les renforcent ;

  • comment retrouver progressivement un sentiment de sécurité intérieure.

Grâce à des outils issus notamment de l’analyse transactionnelle, de l’écoute psychodynamique et d’approches centrées sur les émotions, il devient possible de sortir des mécanismes d’évitement qui enferment.

Quelques pistes pour commencer

Lorsque la peur apparaît, vous pouvez vous poser quelques questions :

  • Quel est le véritable risque aujourd’hui ?

  • Est-ce un danger réel ou une anticipation ?

  • Que ferais-je si j’avais davantage confiance en moi ?

  • Quel serait le plus petit pas possible aujourd’hui ?

  • Si tout ne se passait pas comme prévu, serais-je capable de faire face à la situation ?

Ces questions permettent souvent de reprendre une position plus réfléchie et moins dictée par l’anxiété.

Une invitation à vivre pleinement

Oser ne signifie pas agir sans réfléchir.

Oser, c’est accepter que la peur fasse parfois partie de soi, sans lui laisser décider de notre vie.

Comme le rappelle Susan Jeffers, nous ne pouvons pas toujours contrôler les événements, mais nous pouvons apprendre à développer notre confiance dans notre capacité à y faire face.

Et c’est souvent là que commence la véritable liberté.


Référence

Jeffers, S. (2013). Tremblez… mais osez ! Ou comment transformer vos peurs plutôt que de les subir dans votre vie. Marabout.